Olives qui pourrissent et tombent précocément

Les questions les plus courantes sur l'entretien des oliviers.
Jean-Michel Duriez
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Olives qui pourrissent et tombent précocément

Message par Jean-Michel Duriez » 06 nov. 2004 08:17

Le brunissement des olives est un phénomène complexe auquel nous n'avons pas de solution à ce jour. Toutefois, il est possible de proposer quelques explications permettant de mieux comprendre le phénomène.

Le brunissement touche particulièrement les variétés Salonenque, Aglandau, Tanche, Bouteillan et Cayon. Les problèmes rencontrés sur la variété Lucques ne sont pas considérés comme du brunissement à proprement dit (pourriture autour du noyau et non au niveau de la peau). Les observations réalisées sur le terrain ont permis de confirmer les prédispositions au développement du brunissement : la stagnation d'eau dans le sol lors de la maturation des olives, les faibles charges en fruits et les excès de vigueur.

Les analyses minérales réalisées sur les olives font nettement apparaître un déséquilibre du rapport azote sur calcium : excès d'azote et carence en calcium. Ce déséquilibre se rencontre sur les oliviers faiblement chargés en fruits ou à croissance excessive. Le transport actif du calcium s'effectuant sous le contrôle hormonal de l'auxine, on assiste à un fort ralentissement de l'approvisionnement du fruit en calcium provenant de l'arbre à environ 45 jours après nouaison (fin du stade de division cellulaire de l'olive). Les fruits correctement alimentés dans les phases précoces de développement du fruit, puis sous-alimentés en calcium par la suite ne seront quasiment pas affectés par cette déficience tardive. Or, il s'exerce chez l'olivier une forte compétition entre les pousses de l'année et les fruits vis-à-vis du calcium durant la phase de division cellulaire de l'olive. Ainsi, en cas de forte croissance végétative, le calcium est prioritairement mobilisé par les pousses et faiblement distribué vers l'olive. Cette explication peut être avancée pour interpréter la prédisposition des arbres de forte vigueur et de faible charge à être atteints de brunissement. Une fois la division cellulaire aboutie, on assiste à une forte diminution de l'alimentation du fruit en calcium et à une dilution du calcium dans les olives (d'où la plus forte sensibilité des fruits de forts calibres au brunissement).

Il faut rappeler que le calcium maintient l'intégrité des cellules du fruit non seulement par son action sur les membranes cellulaires mais aussi en entretenant la synthèse des protéines: le calcium permet de convertir la pectine des membranes cellulaires en pectate de calcium ce qui renforce la rigidité et l'intégrité des cellules. Par conséquent, un manque de calcium limite la résistance des parois cellulosiques et l'intégrité des cellules. Le calcium intervient également dans les processus de maturation du fruit en contrôlant la synthèse de l'éthylène et des polygalacturonases (enzymes à activité pectinolytique) responsables de l'hydrolyse des pectines des parois pecto-cellulosiques. Ces enzymes sont responsables de la dégradation des parois cellulaires au moment de la véraison et de la perte de fermeté des fruits. L'activité des polygalacturonases est inversement proportionnelle à la teneur des fruits en calcium. D'autres hydrolases (pectate-lyase, cellulase et pectine-méthyl-estérase) interviennent également dans la dégradation des parois cellulaires des fruits. L'activité de ces hydrolases demeure sous le contrôle de l'éthylène. Cela explique le fait qu'aucun champignon n'ait été observé sur les fruits n'ayant pas entrepris leur maturation.

L'analyse statistique réalisée à partir des résultats des analyses mycologiques fait apparaître qu'Alternanria spp est largement plus présent sur les olives atteintes de brunissement. Ce champignon saprophyte profite de la destructuration cellulaire pour se développer sur l'olive. Les champignons produisent des enzymes leur permettant de dégrader les parois pecto-cellulosiques des fruits. Les fruits sont d'autant plus sensibles aux attaques des champignons que les teneurs en calcium (pectate de calcium en particulier) des fruits sont faibles.

Par contre, les connaissances actuelles ne permettent pas de déterminer les relations de cause à effet existant entre la stagnation d'eau dans le sol et le développement du brunissement. L'hypothèse la plus probable pouvant être avancée est la rupture des membranes cellulaires suite au retour des vacuoles cellulaires en pleine turgescence. En effet, la dénaturation des pectines entraîne une perte d'élasticité des membranes cellulaires. La perméabilité membranaire n'étant plus assurée, les cellules perdent leur contenu (eau et substances dissoutes) d'où des teneurs en eau inférieures et un ramollissement de la structure cellulaire des olives atteintes de brunissement.

ESSAIS DE LUTTE CONTRE LE BRUNISSEMENT

Les pulvérisations foliaires de solutions enrichies en calcium à partir de la nouaison semblaient une solution appropriée pour renforcer l'alimentation du fruit en calcium. L'analyse statistique des essais réalisés n'a pas permis de vérifier l'efficacité des applications foliaires de calcium après nouaison. Les analyses de fruits et de feuilles ne montrent également aucune variation des teneurs en calcium entre la modalité "témoin" et les modalités sur lesquelles ont été effectués les traitements. L'échec des pulvérisations de calcium après nouaison s'explique par le fait que le calcium n'a pas été distribué vers le fruit en division cellulaire : le calcium est peu mobile une fois qu'il est assimilé par le feuillage.

Des applications tardives de calcium par voie foliaire ont été réalisées lors de la maturation des olives sur un verger de variété Aglandau sur le bassin d'Aix-en-Provence. La réaction souhaitée était un transfert du calcium à travers l'épicarpe de l'olive jusqu'aux cellules périphériques du mésocarpe sur lesquelles apparaissent les premières dégradations. Les analyses de fruits ont mis en évidence une légère diminution du rapport azote sur calcium sur les modalités traitées. Par contre, l'analyse statistique n'a montré aucune efficacité des traitements appliqués sur le développement du brunissement. Cependant, certains producteurs ont observé une diminution de l'intensité du brunissement en employant le chlorure de calcium en pulvérisation foliaire à partir de la fin septembre.

Des essais de pulvérisations foliaires de calcium après nouaison ont également été menés par l'Union des Producteurs et des Professionnels de l'Oléiculture de l'Hérault sur la variété Lucques. En raison des conditions climatiques particulièrement sèches, les olives n'ont pas chuté. Aucun effet notable des pulvérisations de calcium n'a pu être observé sur la teneur des olives en calcium.

Des apports au sol de sulfate de calcium (gypse) avant floraison ont été également réalisés sur deux parcelles dans le Vaucluse. En raison de la forte charge des arbres et de la sécheresse, le brunissement ne s'est pas développé sur ces deux vergers en 2003. Ces essais seront poursuivis en 2004 grâce au financement de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les résultats seront traités pour le début de l'année 2005.

La récente homologation du Mancozeb (spécialité commerciale: Dithane Neotec) dans la lutte DE PRINTEMPS contre l'oeil de paon laissait entrevoir un traitement envisageable contre le développement du complexe de champignons sur l'olive. Aussi, face à l'obligation de détruire la production des arbres traités, le Mancozeb n'a été testé que sur un seul arbre à maturation des fruits. Les observations réalisées sur des oliviers voisins présentant des charges identiques n'ont pas permis de mettre en évidence une diminution de l'intensité du phénomène. Il faut rappeler que l'emploi de Mancozeb durant l'automne est interdit et risque de contaminer les huiles.

PREVENTION CONTRE LE BRUNISSEMENT

Certaines pratiques culturales peuvent être proposées en vue de réduire l'intensité du phénomène, voire permettre de se prémunir du brunissement:
- modérer la taille afin de ne pas entraîner d'excès de vigueur préjudiciable à l'alimentation du fruit en calcium,
- éviter les apports azotés à partir du mois d'avril, l'azote risquant de favoriser la croissance végétative lors de la phase de division cellulaire du fruit,
- préférer les engrais azotés minéraux aux engrais organiques car une grande partie de l'azote est libéré au cours du mois de mai,
- soutenir la croissance racinaire essentielle à l'absorption du calcium dans le sol par des apports fractionnés de phosphore,
- assurer une bonne alimentation en bore, afin d'encourager une meilleure élongation des membranes pecto-cellulosiques,
- limiter les antagonismes réduisant l'absorption du calcium dans le sol, soit par des apports de calcium au sol, soit par une réduction des apports de potassium, de magnésium et d'ammonium,
- apporter le potassium durant l'automne de préférence afin d'atténuer l'antagonisme avec le calcium,
- faciliter l'évacuation de l'eau dans le sol par l'implantation d'un enherbement approprié.

L'irrigation durant les 45 jours qui suivent la nouaison semble accentuer l'intensité du brunissement car elle prolonge la durée de la pousse végétative, créant ainsi une concurrence pour l'alimentation du fruit en calcium. Toutefois, l'irrigation permet d'assurer les échanges entre le sol et les parties aériennes et d'améliorer les prélèvements et le transfert du calcium lorsqu'elle est réalisée la nuit suite à la diminution de la conductivité électrique de la solution du sol.

Nous pouvons également proposer aux producteurs de tailler sévèrement les arbres adultes une année sur deux, du moins si le phénomène revient régulièrement. Le producteur prendra soin de bien enlever les rameaux portant les bourgeons floraux. La taille sera effectuée suffisamment tard pour que les bourgeons floraux soient apparents. Cette taille bisannuelle entraîne tout de même une perte de récolte de l'ordre de 30 à 40 % sur les deux années, mais les coûts de conduite sont moindres (diminution des frais de taille, de récolte et de protection phytosanitaire). Sur les jeunes oliviers, cette technique n'est pas applicable car l'olivier y répondrait par une production de gourmands.

TRAVAUX EN 2005

Les essais de lutte contre le brunissement seront poursuivis en 2005 en collaboration avec le plus grand nombre de producteurs possible. Si vous êtes intéressé par ces essais, merci de me contacter en cliquant sur l'icône " email " à la fin de ce message. Envoyez-moi vos coordonnées (nom, commune, département, téléphone) ainsi qu'une estimation du nombre d'oliviers touchés par le problème. Je vous recontacterai courant janvier.

Sébastien LE VERGE
AFIDOL

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