Dalmaticose

La dalmaticose se manifeste par l'apparition de taches noires sur les olives, dans le courant de l'été. Les taches noires sont dues à un champignon Camarosporium dalmaticum, un des facteurs de transmission de la maladie les plus connus est la cécidomyie de l'olive, qui est elle-même un prédateur oophage de la mouche de l'olive.

Dalmaticole

Olive touchée par la dalmaticose, le champignon pénètre de jusqu'à 3mm dans l'olive

 
Dalmaticose

Olive touchée par la dalmaticose, le champignon pénètre de jusqu'à 3mm dans l'olive

 

 

 

 

 

 

 

Conséquences sur le verger

Sur certaines olives on peut observer des taches circulaires de quelques millimètres de diamètre, dont le centre apparait en creux. Le champignon Camarosporium dalmaticum est à l’origine de ces nécroses. Il entraîne le dessèchement, la momification et souvent la chute de l’olive. La cécidomyie de l’olive a longtemps été considérée comme le vecteur principal de contamination des olives par ce champignon. Lorsque l’olive infectée tombe de l’arbre, le champignon contamine le sol du verger. Yves Arambourg, dans son Entomologie oléicole² avance l’hypothèse que la cécidomyie de l’olive devient porteuse du champignon pendant sa phase de croissance dans le sol.

 

Dalmaticose

Olives touchées par la dalmaticose

 

 

 

 

 

 

On suppose que le champignon C. dalmaticum est amené par la cécidomyie sur l’olive via ses glandes salivaires lors de la ponte. Cette nécrose peut se propager à l’ensemble du fruit, provoquer son dessèchement et entrainer sa chute. Cette chute induit logiquement une baisse de la production. En moyenne sur les vergers touchés 5% des olives présentent la nécrose par ailleurs seulement 20% des fruits contiennent une larve de cécidomyie. Les conséquences réelles de cette maladie sur la qualité de l’huile sont encore mal connues. Après la récolte 2013 le laboratoire du CTO réalisera une analyse poussée sur l’huile provenant d’olives infectées. La littérature espagnole avance cependant quelques éléments : il semblerait que ce soit les capacités de conservation (ei. hausse de l’indice de peroxyde et du taux d’acidité) qui soit les plus impactées, et non les qualités organoleptiques. En revanche, les conséquences sur les olives destinées à la confiserie sont bien plus graves. Ce type de taches noires sur les fruits entraîne un déclassement systématique de ces dernières. Elles ne peuvent plus être utilisées en olives de table.

Dalmaticose

Évolution de la dalmaticose observée sur Ascolana. 3 semaines séparent la première photo de la dernière.

 

 

 

 

Un écosystème complexe

L'apparition des nécroses semble donc être liée à la présence de trois êtres vivants (la mouche, la cécidomyie et le champignon) qui inter-réagiraient entre eux. Afin de ne pas tirer de conclusions hâtives, il nous a semblé important de prendre le problème interaction par interaction.

  • La relation cécidomyie/ mouche de l’olive

On cherche à déterminer le niveau de corrélation entre la présence de cécidomyies et la présence de mouches de l’olive. Tout d’abord nous constatons que les années où la pression de mouches de l’olive est importante, la pression de cécidomyie l’est aussi. En outre, toutes les larves de cécidomyie, reconnaissables à leur couleur orange, ont été observées dans des galeries réalisées par Bactrocera oleae. Que ce soit au niveau du trou de ponte ou au niveau du trou de sortie. La cécidomyie ne possédant pas de tarière de ponte pour trouer l’épicarpe de l’olive, son existence semble très liée à celle de la mouche de l’olive (qui possède une tarière). La littérature et les observations sur le terrain semblent ainsi confirmer une forte corrélation entre ces deux insectes.

  • La relation cécidomyie/C. dalmaticum

Aux vue de nos observations, il semble que la cécidomyie soit quasi systématiquement porteuse du champignon.On ne trouve que très très rarement das larves de cécidomyie dans une olive non affectée par la dalmaticose.

Dalmaticose

Larve de céidomyie dans une olive touchée par la dalmaticose

  • La corrélation C. dalmaticum/cécidomyie de l’olive

Si la présence de cécidomyie induit systématiquement celle du champignon, l’inverse n’est pas toujours vrai. Cette observation a déjà été faite par les agronomes espagnols¹. Ils affirment ainsi que sur toutes les olives touchées par la nécrose, on trouve au maximum 20% d’olives contenant la larve de cécidomyie. Nous avons réalisé les mêmes comptages sur des vergers français et surtout varois. On trouve en moyenne la larve de cécidomyie dans 15% des olives nécrosées. Ces observations nous amènent à la conclusion que le diptère n’est pas le vecteur principal de transmission du champignon. Il ne serait qu’un facteur de transmission anecdotique. La cécidomyie serait un faux problème, le véritable problème résidant dans la présence et le développement du champignon.

 

  • La relation C. dalmaticum/mouche de l'olive:

On observe une forte corrélation entre la dalmaticose et la présence de mouches de l'olives puisque le trou de ponte constitue souvent un point d'entrée privilégié du champignon dans l'olive.La mouche de l'olive peut dans de très rares cas être porteuse de la maladie.

 

Dalmaticose

Olive contenant une pupe de mouche de l'olive et touchée par la dalmaticose au niveau du trou de ponte.

  • Analyse de l’écosystème grâce à la mise en éclosoir

70 olives présentant la nécrose noire caractéristique ont été mises dans un éclosoir. On a trouvé dans 29 de ces olives (soit 42%) une pupe de mouche de l’olive. Cette observation nous autorise à penser que le trou de ponte de la mouche de l’olive est l’une des portes d’entrée principale du champignon dans le fruit. En outre nous avons compté 13 (19%) olives contenant au moins une larve de cécidomyie. Ces résultats sont en accord avec les chiffres avancés par les agronomes espagnols N Gonzales, E Vargs-Osuna et A Trapero ¹, seulement 20% des nécroses de l’olives seraient dues à la cécidomyie.

 

Caractéristiques des vergers touchés

La cause de l’apparition de ces nécroses en France reste assez mystérieuse. L’histoire de l’agriculture est jalonnée de ce genre d’événement. En effet, il est fréquent d’observer le développement d’un ravageur oublié, de voir ce dernier se développer et disparaître soudainement quelques années plus tard. Ainsi 150 producteurs (soit 26% des réponses) ont signalé la présence de cécidomyie dans leur verger. Ce chiffre est à revoir à la baisse, car les producteurs qui ne sont pas concernés par le problème n’ont pas forcement répondu au questionnaire. Les pourcentages d’olives touchées varient entre 1 et 70% soit une moyenne de 12% d’olives touchées au total. Les taux de dégâts sur les exploitations en agriculture biologiques sont très proches de ceux constatés en agriculture conventionnelle. Ces résultats restent cependant à nuancer puisque les plus gros dégâts sont enregistrés chez des particuliers possédant de très petits vergers. On constate notamment que les oliviers plantés au milieu de pelouses arrosées régulièrement enregistrent des pourcentages de dégâts très importants Nous avons également constaté une augmentation constante du nombre de cas en fonction des années, ce qui traduit une prolifération rapide de la maladie. Il est important de signaler que lorsque la nécrose est observée sur un verger elle réapparaît systématiquement les années suivantes.

Cecidomyie4

Graphique réalisé à partir des résultats apportés par les 574 personnes ayant répondu au questionnaire en ligne de juillet à aout 2013.)

On constate que depuis 2007 de plus en plus de vergers sont touchés par la nécrose de l’olive. Le questionnaire ayant été mis en ligne courant juillet, les résultats correspondant à l’année 2013 ne sont pas encore complets.

a) Répartition géographique

L’altitude ne constitue pas un facteur significatif, les vergers affectés se répartissent de manière quasi homogène entre 0 et 300m au-dessus du niveau de la mer. Cependant les plus gros dégâts sont observés sur le littoral. Cette observation confirme la corrélation entre la présence de nécroses et la mouche de l’olive puisqu’en règle générale ces zones de bord de mer sont les plus sujettes aux attaques de Bactrocera oleae.

Cécidomyie5

Localisation des vergers touchés par C. dalmaticum (résultats obtenus à partir du questionnaire mis en ligne de juillet à aout 2013)

b) Influence de l’irrigation

Après un test statistique de khi² (α=0,95 ), on peut affirmer avec moins de 5% de chance d’erreur que le facteur irrigation favorise l’apparition de la maladie. Les vergers en secs sont moins sujets aux attaques du champignon. L’irrigation par micro-jets est plus favorable au développement du champignon que le goutte-à-goutte.

c) Influence du travail du sol

Le travail du sol ne semble pas avoir d’incidence sur la présence de C. dalmaticum. Le champignon est présent dans le sol sous forme de spores (l’une des formes de vie les plus résistantes), un travail mécanique n’est pas suffisant pour l’éliminer.

d) Influence variétale

L’influence du facteur variétal nous semble le plus évident : le Bouteillan, l’Ascolana, la Lucques et la Picholine sont les variétés les plus sensibles au champignon. Quelques cas plus rares ont été signalés : sur Aglandau, Cayet roux, Olivière, Grossane, Cailletier et Salonenques. Á l’inverse, il semble que certaines variétés ne soient pas sensibles à C. dalmaticum comme Frantoio. En règle général, ce sont les olives de gros calibre et précoces qui sont les plus touchées.

Conclusion

La lutte contre la nécrose de l’olive semblait dans un premier passer par la mise en place d’une stratégie de lutte contre la cécidomyie. Au fil de cette étude la fenêtre de recherche s’est décalée de cet insecte vers le champignon à l’origine de l’apparition des taches (C. dalmaticum). La clé du problème réside dans la connaissance du mode de prolifération de ce dernier et non dans la présence de l’insecte. La cécidomyie ne semble être qu’un facteur occasionnel de contamination. Pour le moment la nécrose brune de l’olive reste un phénomène assez limité, il faut cependant continuer à surveiller de près cette maladie car elle semble s’étendre à de plus en plus de vergers et s’installer durablement sur ces derniers. Il est actuellement préférable de surveiller l’évolution de cette nécrose surtout dans les vergers destinés à l’olive de table. Les dégâts n’ont pas atteint des seuils suffisants pour justifier économiquement et écologiquement la mise en e d’un processus d’homologation d’un fongicide ou de tout autre traitement spécifique. Les vergers des professionnels sont en règle générale très faiblement impactés, les plus forts pourcentages de dégâts sont observés sur des petits vergers tenus par des particuliers. Ces arbres ne sont pas en règle générale entretenues régulièrement oune reçoivent pas de traitements au cuivre. Ce sont ces vergers qui sont à surveiller de très près afin qu’ils ne deviennent pas des foyers de multiplication du champignon et donc de la maladie.

Bibliographie

  • ² : Y. Arambourg. Entomologie oléicole.1986. p95-111
  • ¹ : N. Gonzales, E. Vargs-Osuna et A. Trapero . EI Escudete de la aceituna I: Biología y daños en olivares de la provincia de Sevilla.2006.Boletin de sanidad vegetal pagas.709-722

N. Gonzales, E. Vargs-Osuna et A. Trapero . El escudete de la aceituna II : caracterizacion morfologica, fisiologica y patogenica del agent causal.2006. Boletin de sanidad vegetal pagas. p723-737

  • ³ : N. Iannotta, M.E. Noce, L. Perri, S. Scalercio, V. Vizzarri .Susceptibility of olive cultivars to the Camarosporium dalmaticum (Thum) infections-2006.4p
  • M.Féron, R.Bénard, S.Poitout.La mouche de l’olive,Dacus oleae et ses parasites en Corse.TomeVI-1961. p1-13